L’anxiété de performance

Des fois trop …c’est trop!

Par la Mountain Queen

À noter que cet article fait suite à :

Arrivée sur les lieux de la course de cyclo-cross Bromont. Je descends de la voiture, le temps est gris et frisquet. Pour ajouter un niveau de difficulté, il pleut. C’est à ce moment que je vois le mur… un foutu gros mur (ou est-ce simplement un problème de perception de ma part…). Je déclare donc à la Légende, qui je dois le préciser : s’est déplacé jusqu’ici juste pour moi et en plus est malade comme un chien.Je ne ferai pas de course :
« C’est trop dur pour moi. As-tu vu le MUR !!!!! C’est un EVEREST !!»
«Je n’y arriverai JAMAIS!  Mon DIEU ! As-tu vu les filles qui sont là ????!!!! Elles sont beaucoup trop fortes pour moi!»

La Légende est née avec un immense capital patience… il réplique donc du tac au tac : « Je me suis bougé jusqu’ici pour faire une course qui n’est même pas de mon groupe d’âge et j’ai les bronches bien inflammées, tu vas monter sur ton CX et faire cette course »

La Mountain Queen : « Non, non, et archi non, … je ne suis pas faite pour ça! Je ne suis pas venue ici pour courir avec mon vélo sur le dos durant toute la course. Oublie ça! »

La Légende : « Come on! Nous allons faire le parcours ensemble pour commencer et après tu décideras »   Cela semble cocasse comme situation, mais derrière, se cache quelqu’un qui souffre. La pression de performer est malheureusement présente dès nos premiers instants de vie. Nous devons réagir d’une certaine façon selon les codes établis (Qui a d’ailleurs fixé ces codes ? Hum…) : Dès la naissance, il est important que nous fassions rapidement nos nuits… (Et si c’est le cas, les parents se pèteront les bretelles solides devant le pauvre couple qui a eu des jumeaux…). En gros, nous sommes rapidement confrontés à un dilemme : satisfaire nos besoins intérieurs ou décevoir des personnes significatives pour nous. Il en va de même pour les athlètes qui se font répéter à outrance toutes sortes de phrases pré mâchouillées qui ont pour but de forger les personnalités ou les caractères !?!… Les fameux: No pain no gain, Shut up legs, … Le travail et l’acharnement étant généralement valorisé… et le désir de ne pas porter préjudice aux relations avec leurs pairs nuit à la nécessité d’avouer leurs difficultés ou leurs véritables besoins.

Anxiété de performance

L’anxiété de performance est renforcée par la pression sociale. Par contre, plusieurs autres facteurs contribuent au développement/émergence de cette anxiété.

Allons voir de plus proche ce phénomène. Cet article pourra peut-être vous éclairer et vous savez ce que l’on dit : une fois que nous reconnaissons la maladie, c’est déjà un grand pas vers la guérison….  La psychologie est le sujet le plus fascinant de la pratique sportive et aussi le plus controversé. À cet égard, j’ai fait la lecture d’une quinzaine de thèses et de nombreuses études… Pour aboutir… À un gros mal de tête! Au bout du compte, aucune conclusion ne me satisfait.

Pourquoi ? Plusieurs théories s’entrechoquent pour expliquer l’origine du phénomène de l’anxiété de performance, mais on n’y retrouve aucun consensus. Toutefois, je vais prendre le temps (si vous me permettez…) de vous exposer ma synthèse sur le sujet et outils qui y sont proposés.  

« The » synthèse!

Normalement, vivre un peu de stress est bénéfique pour notre organisme. Il lui permet de s’activer, se mettre en état d’alerte ou éventuellement de faire face à une situation de danger.

Le problème survient lorsque celui-ci est excessif ou persistant, il se transforme alors en anxiété. Cette grande pression vécue à l’arrivée, par exemple, d’une compétition peut se rendre jusqu’à affecter les capacités de l’athlète. Bizarrement, pour certains athlètes l’anxiété améliore leurs performances sportives ! (Ouain …J’aimerais bien faire partie de cette catégorie !!!!!)

Pourquoi ce stress ne se transforme pas en anxiété chez certains athlètes ?

Cela aurait un lien avec le type de personnalité…  Une des observations intéressantes comparait les athlètes à succès avec ceux qui échouent.

Les athlètes à succès répondent à un profil nommé : « iceberg profile ». Une caractéristique de santé mentale positive. Nous ne parlons pas d’une simple personnalité froide, mais plutôt d’athlètes se révélant plus forts que les autres pour ce qui touche :

  • la concentration,
  • la capacité à s’adapter à des circonstances inhabituelles,
  • de demeurer confiant,
  • de faire face efficacement à la tension·  et de mettre au point des plans détaillés de préparation mentale. (1) – En dépit de mon intérêt pour ce sujet, je n’aborderai pas ce thème dans cet article, car il est un sujet à lui seul.

Lorsque le stress devient anxiété ….

L’anxiété de compétition est donc schématisée comme une situation spécifique ayant une construction multidimensionnelle. (2) Plus spécifiquement, « un état d’appréhension, de tension ou de malaise causé par la peur de l’échec. » (3) L’anxiété est une réponse complexe mêlant une réponse cognitive (psychologique) et somatique (physique).

Les signes et symptômes

Une fois que nous laissons l’anxiété nous envahir, une cascade de signes et symptômes font leurs apparitions.

  • Au niveau de la pensée : pensées négatives, perception erronée de la réalité…
  • Au niveau des émotions : stress, peur, crainte immense de performer de façon médiocre, sentiment d’inefficacité, risque d’attaque de panique…
  • Au niveau physiologique : présence de nombreux troubles somatiques (migraines, troubles digestifs, tremblements, tensions musculaires, augmentation de la pression sanguine, fréquence cardiaque, de la respiration, insomnie) …

    Le fameux phénomène du « choke » ou effondrement de la performance. Vous savez lorsque l’athlète rate de façon flagrante un geste qu’il maîtrise normalement.  Cet effondrement se produit lorsque qu’il y a entre autres, implication de la pression et quête de victoire. (4)
  • Au niveau du comportement : évitement/fuite des critiques, recherche constante de commentaires positifs, quête d’une perfection exagérée, perfectionnisme… (3)

Construction multidimensionnelle

Les causes de l’anxiété de performance sont multidimensionnelles, car chacun des éléments qui sont en causalités avec cette anxiété de performance n’est pas totalement indépendant. Un élément peut interagir avec l’autre et renforcer ou diminuer celui-ci, ce qui augmente ou diminue l’anxiété.

Voici un vieil exemple, mais toujours aussi pertinent :

À l’arrivée sur le site de compétition, un athlète repère (plus ou moins consciemment) des indices qui provoquent directement son état anxieux somatique (ce qui veut dire physique : nausée, raideur, céphalée…). Cette réponse a été conditionnée au cours des années par la répétition du même rituel d’arrivée en compétition. L’expérience de ces manifestations peut donc le pousser à se questionner et à devenir soucieux (manifestations de 1’état anxieux cognitif) ou agité (manifestations comportementales) ou ces deux possibilités.

Ainsi, 1’élévation rapide de la composante somatique devient un stimulus provoquant une réponse conditionnée des deux autres systèmes. Dans le cas où la stimulation varie en intensité ou en nature, un autre système peut être sollicité. 

Éric Hurteau 1993

Les causes dominantes de l’anxiété

Une image vaut mille mots…Résumons dans un schéma les causes dominantes (les explications suivent celui-ci) :

Causes dominantes de l’anxiété

L’estime de soi (le rectangle rouge dans le schéma) semble être un élément clef en ce qui concerne cette pathologie. L’estime de soi est la qualité la plus importante qu’un athlète puisse posséder.  

Selon Mélanie Thibault, psychologue, et l’équipe PE-SPO (2011) À l’origine, si un enfant ne reçoit pas le soutien approprié pour développer une solide confiance en soi, il jugera sa valeur personnelle en fonction de gains extérieurs uniquement, ce qui entraine généralement une faible estime de soi et une tendance à l’anxiété de performance.

Contexte social (les rectangles verts dans le schéma)

(Capers 2018) Selon Pascale Brillon, psychologue spécialiste du traitement de l’anxiété explique que plusieurs facteurs sociaux peuvent expliquer la montée de l’anxiété de performance. Elle cite l’effet des réseaux sociaux sur le plan de la reconnaissance et de la nécessité du regard d’autrui. Les nouvelles technologies impliquent une disponibilité permanente, mais aussi une comparaison à « des idéaux extrêmes » (Brillon, 2015). En favorisant la présence constante de l’opinion d’autrui sur les réalisations individuelles (un marathon, une diplomation, etc.), certaines personnes peuvent avoir l’impression que les attentes externes sont élevées et que pour obtenir une approbation sociale, elles doivent en faire toujours plus. Les causes ne seraient donc pas qu’individuelles : les valeurs véhiculées dans notre société de performance et d’« hyperproductivité », qui peuvent exercer une forte pression sur les individus (Collin, 2015), peuvent être questionnées.(5)

Certaines personnes sont plus prédisposées à l’anxiété de performance, due à leurs antécédents familiaux (ce n’est pas nécessairement un critère obligatoire de cette pathologie). Toutes ces causes vont faire pression sur la personne et faire surgir des pensées anxiogènes. Résultat: c’est le début de la cascade de signes et symptômes, jusqu’au comportement d’évitement. Exemple: ne plus vouloir s’inscrire aux événements.

Fausse croyance

Comme nous l’avons vu précédemment, la relation entre l’anxiété et la performance est perçue de façon différente pour chaque individu. Certaines personnes sont littéralement paralysées face au stress, alors que d’autres se sentent stimulées. Et contrairement aux croyances, il n’y a pas de niveau idéal d’activation généré par le stress puisqu’il est une réponse individuelle pour chacun. Il y a ceux qui réussissent très bien avec un niveau d’activation très bas… qui sont totalement relaxés, alors que pour d’autres ils ne peuvent réussir que s’ils sont à un niveau très haut d’activation, genre surexcité…  

Peu importe où vous vous situez, sachez que l’anxiété n’est pas une fin en soi. Il existe des stratégies d’adaptations.

Stratégies d’adaptations

Tout d’abord, il faut être en mesure de reconnaître une situation anxiogène, afin de pouvoir sortir notre coffre à outils et travailler dessus.  

Les caractéristiques d’une situation stressante (CINÉ) sont :

C : Contrôle (faible contrôle de la situation)

I : Imprévisibilité de la situation

N : Nouveauté de la situation

É : Égo de la personne menacé

Les ingrédients du stress sont additifs. Plus il y a d’éléments du C.I.N.É qui caractérisent une situation, plus la situation est stressante.

(Centre d’études sur le stress humain, 2018).

Une fois bien ciblé, mis à part les techniques de respiration, visualisation… Il existe des exercices pour aider notre cerveau à changer sa perception/ penser différemment. Il faut faire croire à notre cerveau que la situation stressante n’est pas une menace. La pleine conscience aide beaucoup à ce niveau et même dans la prévention de l’anxiété de performance.

La stratégie cognitive de distraction aide aussi. Au lieu de se focaliser sur la situation anxiogène, écouter de la musique ou autre pour ne pas trop réfléchir à l’événement à venir.  

Il pourrait être intéressant d’aller consulter un professionnel en thérapie cognitivo- comportementale. Les preuves d’efficacités de cette thérapie ont déjà été faites à mainte reprises. De plus, la thérapeute pourrait nous aider à revoir nos idéaux et la valeur qu’on a comme personne. Comme dit plus haut, l’estime de soi est un élément clé dans cette histoire, il est important de ne pas le négliger et de se donner tous les outils nécessaires pour le favoriser. 

MERCI, BONSOIR!

Références :

(1)  (Lincheneau PM, Franques P, Auriacombe M et Tignol J. Psychopathologie du sport. Encycl Méd Chir (Editions Scientifiques et Médicales Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Psychiatrie, 37-887-A-10, 2002, 14 p.)

(2)  Vincent Gosselin Boucher (2016) Mémoire : L’observation des paramètres cardiorespiratoires et des composantes du momentum psychologique lors d’une compétition avec des coureurs de haut niveau : https://archipel.uqam.ca/view/creators/Gosselin_Boucher=3AVincent=3A=3A.default.html

(3)  Mélanie Thibault, psychologue, et l’équipe PE-SPO (Laura Charpentier, Geneviève Dubé, Stéphanie Pesant et Émilie Yergeau) (2011) Service de psychologie et d’orientation de l’Université de Sherbrooke. Anxiété de performance : https://www.usherbrooke.ca/etudiants/sante-et-aide-a-la-personne/psychologie/documents-thematiques/lanxiete-de-performance/

(4)  Marc-Antoine Roussel (2019) Maîtrise en sciences cliniques et biomédicales – avec mémoire de l’Université Laval. L’effondrement de performance, la léthargie et la performance de pointe chez les joueurs de golf universitaires québécois : https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/37846/1/35843.pdf

(5)  Capers (2018) santé mentale des étudiants collégiaux été universitaires : https://www.capres.ca/dossiers/sante-mentale-etudiants-collegiaux-universitaires-2/

(6)  Centre d’études sur le stress humain (2018) : https://www.stresshumain.ca/le-stress/comprendre-son-stress/source-du-stress/

(7)  Arturo Cano Lopez (2013) mémoire de master 1, professionnel Psychologie clinique, parcours psychothérapies. La relation entre l’anxiété de performance, le noyau d’évaluation de soi et le coping chez le musicien : https://www.researchgate.net/publication/257815903_La_relation_entre_l’anxiete_de_performance_le_noyau_d’evaluation_de_soi_et_le_coping_chez_le_musicien

(8) Jérôme Palazzolo, Julien Arnaud (2011) Publié par Elsevier Masson SAS. (2012) Mémoire, Anxiété et performance: de la théorie à la pratique. https://www.sciencedirect.com/journal/annales-medico-psychologiques-revue-psychiatrique (payante)


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